Réflexion sur l'actualité : Adoption, Arche de Zoë, Anniversaire de Mai 68...

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Analyses critiques du rapport Colombani sur la réforme de l’adoption : espérances nouvelles ou illusions ?

 

 

Référence : Article de doctrine rédigé par Nicolas Paupelain - Thème Famille & Personne - Publié le lundi 31 mars 2008

L'adoption est une institution relativement moderne si l'on s'attache à son mode d'organisation. Pourtant, elle n'en est pas moins fragile et confrontée, également, à la mondialisation. En effet, cela fait un peu plus de quarante ans [1] que les formes les plus modernes de l'adoption sont apparues en France, et pourtant, force est de constater que le parcours des parents adoptifs relèvent de celui du combattant. Le sentiment d'avoir un agrément qui ne leur servira, en fin de compte, à pas grand-chose. Les chiffres parlent d'eux même : 3162 enfants adoptés en France, en 2007, alors que 5100 adoptions ont été prononcées en 2004, soit une baisse d'un peu moins de 40% sur trois ans ! La difficulté d'adopter nationalement ou internationalement se fait ressentir. Bien sûr tous les pays d'accueil connaissent et ressentent ces difficultés mais il est un fait nouveau, les pays d'origine développent de plus en plus l'adoption nationale, à l'instar de la Chine, ou plus proche de nous, la Lettonie.

 

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L’adoption n’est pas un geste humanitaire Jean-Vital de Monléon, pédiatre (1)
 «C’est bien ce que vous fai­tes ! » Trop souvent des parents adoptifs en­tendent cette phrase, prononcée par des proches ou des inconnus. Cela peut faire plaisir, mais cela ne correspond en rien à la réalité de l’adoption. Beaucoup trouvent charmantes ces petites têtes plus ou moins bronzées, aux pommettes hautes, aux yeux bridés, aux cheveux crépus, ac­crochées à des mamans blondes et des papas au visage pâle.
D’aucuns pensent que les parents adoptifs sont très généreux d’ac­cepter une filiation qui n’est pas la leur, de donner un coup de main à des enfants défavorisés. Ces réactions traduisent une grande méconnaissance de l’adoption. Elle n’est ni une recherche d’exo­tisme, ni un acte de générosité. Dans neuf cas sur dix, la princi­pale motivation pour adopter est de corriger une infécondité (que l’on soit célibataire ou vivant dans un couple stérile). Pour les 10 % de parents adoptifs qui n’ont pas ces soucis de fécondité, c’est bien le désir d’agrandir sa famille qui doit motiver l’adoption et non celui de sauver des vies.
L’adoption découle le plus souvent de la rencontre de deux égoïsmes. Égoïsme d’un adulte ou d’un couple qui souhaite créer ou agrandir une famille, égoïsme d’un enfant en recherche d’un père et d’une mère pour s’occuper de lui. C’est bien la rencontre de ces deux désirs égoïstes qui permet souvent d’arriver à un bonheur commun. D’autres sociétés – en Afrique sub­saharienne ou dans le Pacifique – l’ont compris depuis longtemps. Il n’y a pas le même regard sur les familles adoptives, et les « liens du sang » y sont moins sacralisés. Notre puissance économique et militaire nous fait souvent oublier que les bons exemples sont parfois ailleurs.
Les membres de l’Arche de Zoé viennent d’être libérés. J’ai peur que leurs déclarations, afin de tenter une fois encore de se présenter en héros, ainsi que le traitement médiatique qui en sera fait, entretiennent encore cette ambivalence. Évoquant des faits réels sur le sort des enfants du Darfour – les enfants meurent sans que cela soulève des vagues d’indignation dans notre monde –, ils ont justifié la nécessité d’in­tervenir pour tenter d’en sauver quelques-uns. Le problème est qu’on ne s’improvise pas famille d’accueil d’un enfant avec un aussi lourd bagage de souffrance si on ne s’est pas préparé. Des agréments existent en France, ils sont obligatoires, tant pour les familles adoptives que pour les fa­milles d’accueil. Ils sont justifiés : que se passerait-il, pour un enfant déjà ballotté par la vie, si au bout de trois mois, une famille « d’ac­cueil », surprise par les difficultés, ne pouvait plus assumer sa prise en charge ?
Pour le cas des familles de l’Ar­che de Zoé, je crois que la plupart attendaient bien un enfant à adop­ter. On pouvait donc se rassurer sur l’avenir des enfants, mais cela montre qu’il s’agissait bien d’une adoption déguisée et le terme de trafic n’est pas inopportun. Cette association n’avait, elle non plus, aucun agrément pour permettre et organiser des adoptions : profiter de l’instabilité d’un pays pour en faire sortir des enfants sans con­trôles fiables est bien la preuve d’un manque de clarté. Le flou existait aussi sur le pays d’origine : Tchad ou Soudan ?
Plutôt qu’au sort des membres de cette association, je pense à celui de leurs petites victimes. Ces enfants ont, pour la plupart, retrouvé leur famille, j’espère que cette longue errance ne les aura pas trop traumatisés.
J’ai aussi plus de commisération pour tous les enfants adoptés qui, depuis le début de cette affaire, se sont entendu dire en cour de ré­création que leurs parents étaient des voleurs d’enfants. J’aurais sou­haité entendre les médias évoquer ces drames quotidiens.
S’il faut sans doute condamner, il faut aussi comprendre pour­quoi des familles ont accepté de prendre un tel risque, de « fran­chir la ligne jaune » : lorsque l’on veut adopter, on se heurte à des parcours de plus en plus longs et de plus en plus compliqués. Cela peut s’expliquer par des raisons géopolitiques : tel ou tel pays ne veut plus que ses enfants partent à l’étranger. Cela est aussi justifié pour que les adoptions soient propres, irréprochables. Mais l’excès serait de tomber dans la suspicion systématique, la plu­part des adoptions n’ont rien à voir avec quelques aventuriers illuminés.
Il faut aussi garder en mémoire que chaque jour des enfants meurent dans des orphelinats du tiers-monde : mourir de ne plus avoir d’espoir, mourir de n’avoir jamais de sourire, mourir de diar­rhées parce qu’il n’y avait pas une maman ou un papa pour donner patiemment à boire à chaque ins­tant. Cela n’est pas tolérable, c’est encore moins tolérable quand on sait que cet enfant était attendu par une famille française, et qu’il ne manquait parfois qu’un tout petit bout de papier, dont l’im­portance paraît bien futile, pour entrer en France. Je ne pense pas que l’Arche de Zoé leur ait rendu service.

 


(1) Pédiatre au CHU de Dijon, fon­dateur de la consultation d’adoption outre-mer, chercheur en anthropolo­gie, membre du Conseil supérieur de l’adoption et auteur de Naître là-bas, Grandir ici (Éd. Belin, 302 p., 21 €).
Plutôt qu’au sort des membres de l’Arche de Zoé, je pense à celui de leurs petites victimes …

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« L'intérêt supérieur » de l'adopté. Racines coréennes.

La plupart des textes internationaux (Convention internationale des droits de l'enfant, convention de la Haye...) ou nationaux (Code de l'action sociale et de la famille, Code civil...) traitant de l'adoption fondent expressément l'adoption des mineurs sur l'intérêt supérieur de l'enfant, mais aucun n'en propose une définition explicite.

Si cette démarche permet aux autorités et aux professionnels de s'adapter aux besoins de chaque enfant et aux capacités de chacun d'y répondre, il paraît malgré tout important d'apporter quelques éléments de réflexion permettant de recadrer cette notion sur l'adopté lui-même, et ce afin d'éviter toute dérive liée par exemple à la médiatisation de certaines adoptions et surtout à l'augmentation du nombre de parents en désir d'adoption dans les pays industrialisés.

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Un besoin mondial d’utopie
Jamais la mémoire de Mai 68 n’avait été célébrée avec autant de force et d’insistance. Ce quarantième anniversaire tranche avec la discrétion qui, jusqu’ici, était de mise. Comme de timides prémices, les propos tenus par Nicolas Sarkozy durant la der­nière campagne semblaient annon­cer le débat : oubliés, folklorisés, inscrits hors du temps politique, les « événements », comme on les nommait, faisaient soudain l’objet d’une étonnante stigmatisation.
Redécouvert, comme il se doit, dans la contestation, le prin­temps de jadis s’inscrit en fait fort bien en écho au malaise am­biant de notre monde occidental. Abandonné parce qu’il regorgeait d’utopie, Mai 68 est redécouvert à un moment où celle-ci fait au contraire cruellement défaut. On ne saurait oublier qu’il n’y a pas de changements, voire de moder­nisations, qui ne soient portés par une pensée utopique : libéralisme et socialisme passèrent par ce stade au XIX
e siècle, pour construire la société industrielle. Mai 68 fut l’ultime étape de ces audacieuses inventions intellec­tuelles. À travers son tiers-mon­disme hardi, sa critique aiguisée de toute forme de domination, son aptitude à discréditer féro­cement les vieilles idéologies, sa dénonciation de la consomma­tion, le mouvement annonçait et construisait la mondialisation, l’enjeu écologique, la société de communication. Derrière les drapeaux rouges ou noirs, les Co­mités Vietnam, l’image du Che, on retrouvait confusément l’idée que la puissance ne pouvait pas tout faire et qu’il fallait même comp­ter désormais avec l’impuissance de la puissance, peut-être aussi la force du faible ou du petit… Il est peu probable qu’on soit allé jusqu’au bout de ces intuitions. Mais il est acquis que, d’un excès à l’autre, on a abandonné dangereu­sement les sentiers de l’utopie. La mode est aujourd’hui de dénoncer la pensée et ses excès, confiant à un néolibéralisme présumé émancipé de telles pesanteurs le soin de régler l’action. Celle-ci devrait ainsi se stabiliser dans la composition savante des intérêts concurrents ; « faire du chiffre » l’emporte sur le jeu de l’esprit ; le management remplace la critique du pouvoir ; le « benchmar­king » prend la place du dé­bat. Le fondamentalisme du marché éteint tout huma­nisme et donc l’œuvre de recherche et d’imagination sur ce que doit être l’homme mondialisé. À quoi bon po­ser la question puisque ce dernier ne peut être que conforme à la mécanique des intérêts composés ?
Tout écart à cette logique semble aujourd’hui conduire à l’échec ou au vide : popu­lisme, rhétorique routinière des campagnes électorales, discours déviant qui, à l’instar de celui de Barack Obama, se limite aux idées sympathiques mais géné­rales. Au-delà, seul horizon restant, on ne trouve que quelques utopies régressives qui, d’un fondamentalisme à l’autre, pensent l’avenir en allant rechercher les passés les plus simples… En fait, la ritournelle néo­libérale est redoutable. Elle se nourrit bruyamment des échecs subis par les formes régressives qui lui font face, du sentiment de culpabilité de ceux qui osent penser contre le savoir pratique. Mais en plus, en embléma­tisant l’idée d’intérêt, elle rompt facilement avec ce qu’il y a de plus exigeant dans la politique : l’esprit de résistance, le désir d’excel­lence humaine, l’impératif de coexistence et d’ouver­ture à l’autre. L’individu­entrepreneur devenant, dans la ligne de Hayek, la mesure de toute chose, les valeurs de la politique sont remisées comme des luxes désuets. Telle était pourtant la gauche recherche qui faisait la force de Mai 1968. Il est temps de renouer avec l’utopie qu’elle portait pour reprendre la quête interrompue d’un humanisme moderne.
Le fondamentalisme du marché éteint tout humanisme et donc l’œuvre de recherche et d’imagination sur ce que doit être l’homme mondialisé.

Bertrand Badie, professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris 

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